LE VILLAGEOIS ET LE CHAT CHANTEUR
Il y a quelques temps un ami racontait à son ami qu'un jour, dans un village des Cévennes, un monsieur fort gentil et qui adorait les animaux, entendit le chant plaintif d'un petit minou efflanqué qui demandait charité sous sa fenêtre. L'âme bien née de ce monsieur, ne pensant qu'au bonheur de ce pauvre malheureux, lui dit de courir vers son réfrigérateur et chercher quelques subsides de repas pour remplir l'estomac de ce chanteur plaintif. Maître minou se rua sur le plat et en quelques coups de langue et de dents dévora le charitable repas. A la fin, il oublia de remercier et repartit dans les vallons proches. Le brave monsieur ne s'en offusqua pas et la vie reprit son cours habituel. Quelques jours plus tard, le chant du chat se fit de nouveau entendre sous la fenêtre du bon monsieur. Comme à la première fois, notre bienfaiteur tendit à maître minou une coupe remplie de quelques restes, la posa sous sa fenêtre et s'en retourna à ses occupations. Notre greffier malin n'étais pas venu seul. Il avait confié à deux de ses collègues les possibilités d'agapes et à trois, ils se partagèrent la coupe puis disparurent dans les vallons proches. De nouveau, quelques jours passèrent et un soir, maître minou revint sous la fenêtre chanter l'aumône. Notre bon monsieur qui avait vu le manège ne voulut pas être pris au dépourvu et avait fait l'acquisition de quelques délices en sachets et en boites dans le super marché de la ville proche et c'est dans trois gamelles qu'il distribua leurs contenus. Mais quelle fut sa surprise lorsque sous sa fenêtre une chorale de vingt chanteurs moustachus vocalisait à qui mieux mieux. Le bon monsieur n'écoutant que son cœur, prit donc l'habitude de servir repas à ces félins ténors. Mais dans le village, la chorale faisait beaucoup parler et les gammes miaulantes commençaient à faire écho et à vrai dire dérangeaient sérieusement si bien qu'un jour une voisine très discrète hésita, et timidement se permit de dire au bon monsieur que les opéras répétés des matous posaient problème sans compter sur les rejets naturels que ceux-ci, naturellement, essaimaient alentours et que l'absence de planning familial conduisait à une reproduction effrénée. Notre bon monsieur lui, répondit que les chats ne lui appartenaient pas et qu'il n'en étais pas responsable. Mais il continua à nourrir la chorale des affamés. La situation devenant insupportable et on demanda conseil au premier magistrat du village. La situation est très ambiguë : légalement, les animaux qui n'ont pas de maître en titre, appartiennent à celui qui les nourrit. Si celui-ci ne reconnaît pas le propriété de ces animaux, la communauté peut faire appel à la fourrière qui dans ce cas, contrairement aux chiens errants, facturera fortement la récupération de chaque individu.
Le fait de nourrir un animal errant, acte honorable il est vrai, constitue en regard de la loi une notion de propriété qu'il faut ensuite assumer en terme de respect de l'environnement, de surveillance sanitaire et des règles générales de vie communautaire.